De l’Inde au Népal

Je n’ai pas écrit dans ce blog depuis une éternité. Tout fût tellement intense et changeant, que, de peur d’en perdre l’essentiel, je n’ai jamais réussi à en publier une ligne. Alors je me lance quand même, même si cela va être écourté et perdre en densité…

Il y a exactement un mois, je quittais « sur un coup de tête » Auroville, Sadhana Forest. Ce fût une expérience vraiment intense et enrichissante. Pendant un mois, là-bas, ce fût un voyage immobile plein de surprises et de rencontres.

Les termes voyage et immobile peuvent sembler antagonistes… Mais finalement, pas tant que cela. Tout est question de définition. Le voyage pour moi, est avant tout synonyme de rencontres et de découvertes, d’apprentissage et d’ouverture. A Sadhana, bien qu’immobile, toutes les caractéristiques du voyage étaient réunies. Des gens des quatre coins du monde, aux expériences de vie les plus variées… Autour du travail en communauté, chacun apprend à connaître l’autre… Voyage aussi parce-que chaque jour, les voyageurs arrivent et partent… C’est d’ailleurs cela qui m’a fait partir. Chaque rencontre fût émotionnellement très chargée… Voir partir mes amis, jour après jour, était devenu insoutenable… Je n’avais plus l’énergie de m’investir encore dans de nouvelles rencontres.

A plusieurs reprises, j’avais entendu parler des retraites de méditation. En discutant avec un ami cher, qui m’a dit qu’il avait vécu lors de sa retraite de méditation Vipassana l’expérience la plus intense et la plus difficile de toute sa vie, ma decision fut prise… J’étais interpellée. Je n’avais jamais médité, n’avais aucune idée de ce que cela pouvait bien être… Je me suis dit, soit, dix jours de silence, seule face à soi-même doit effectivement être intense.

Je voulais également aller au Népal. Je sais que mon voyage touchait bientôt à sa fin et le Népal était pour moi une destination que je ne pouvais pas manquer. J’ai donc décidé de faire d’une pierre deux coups : aller faire cette retraite de méditation, au Népal. Pour intégrer la session de juillet, je n’avais qu’à peine plus d’une semaine pour traverser toute l’Inde et rejoindre Pokhara au Népal…

La perspective de ce voyage m’effrayait un peu à vrai dire. Deux jours et demi de train pour rejoindre Varanassi, puis encore une nuit de train pour rejoindre Gorakphur, puis 5 heures de bus pour rejoindre Sunauli, point de sortie de l’Inde. Il me faudrait ensuite encore un dizaine d’heures de bus pour rejoindre Pokhara…

J’ai donc entamé mon voyage… J’ai quitté Sadhana et ai rejoint Chennai (Madras). Il m’a fallu attendre deux jours là-bas pour avoir une place de dernière minute dans un train en direction de Varanassi. Ce fût un retour à l’autonomie, à soi-même, en dehors de la communauté. Ce fût plutôt agréable de pouvoir me reposer deux jours avant d’affronter ces trois jours et deux nuits de train…

Je m’attendais au pire pour ce voyage… Je l’avais fait dans le sens inverse en seconde classe sleeper et les conditions étaient plutôt inconfortables. Pour ce voyage, j’ai finalement pris un wagon climatisé, trois fois plus cher, mais qui restait largement abordable. Le trajet fût finalement plutôt agréable… Claude Levi-Strauss m’a fait découvrir ses Tristes Tropiques et j’ai rencontré et discuté avec des gens… J’étais à vrai dire dans un très bon état d’esprit.

Et c’est dans le train que j’ai rencontré Brett. Un voyageur assez incroyable, qui avait l’intention de visiter, en deux mois, une dizaine de pays, en visitant tous les spots incontournables. Il suivait une liste des cent endroits du monde à voir… Pour moi qui suis une voyageuse lente, cela m’est apparu comme une hérésie… Il n’avait que douze heures à passer à Varanassi et m’a proposé de me joindre à son aventure.

Wow, quel rythme ! Mais ce fût une journée très intéressante. J’ai visité tous les temples et lieux incontournables de Varanassi en moins de six heures, malgré un soleil de plomb… Nous avons échangé sur nos modes de voyage et ce fût plutôt intéressant pour moi. Je n’ai pas changé d’avis, pour moi le voyage reste le plus intense lorsque l’on prend le temps de rester, de comprendre et de connaître les gens et leurs cultures… Mais j’ai mieux compris les motivations de ses « consommateurs de paysage ». Une quête à l’extérieur… qui remplace peut-être la quête de soi. Je suis restée deux jours de plus à Varanassi, prenant cette foi le temps de m’arrêter, de discuter, juste d’être là…

Le jour de partir, le 29, je commençais à douter de mon envie de faire cette retraite de méditation le 1er juillet. Cela impliquait d’enchainer ma nuit de train en direction de Gorakphur, puis les cinq heures à destination de Sonauli, puis de traverser la frontière puis de prendre directement un bus à direction de Pokhara… J’ai donc reporté au 1er aout ma retraite. Dans l’après-midi précédent mon départ pourtant, j’ai rencontré un jeune brésilen incroyable, comme un ange tombé du ciel. Il avait fait Vipassana quelques semaines auparavant. Nous avons discuté tout l’après-midi de questions existentielles et d’expériences de vie… Je me suis dit que le plus tôt serait le mieux et j’avais désormais un nouveau challenge, celui de rejoindre Pokhara en 24 heures…

En seconde classe cette fois, j’ai retrouvé mon train surpeuplé et bruyant, mais je crois que je commençais à m’adapter au pays… Je me suis vite endormie et les gens furent très prévenants avec moi, me réveillant à la fin du voyage.

A mon arrivée à Gorakphur, je suis sortie de la gare et ai cherché le bus. Un chauffeur m’a interpellé en me demandant si j’allais à Sonauli. Lorsque j’ai vu la gueule du bus, j’ai dit non. Un coucou complètement destroy… Je me disait que jamais ce bus pourrait rejoindre Sonauli… Mais je me suis vite rendue compte qu’ils étaient tous pareil, et les autres allaient ailleurs… Je suis montée… Je me suis installée juste derrière le chauffeur. Le bus se remplissait rapidement pour bien vite être overload ! Pas un seul touriste… Mais franchement, malgré mon espace réduit, je me sentais complètement confortable… Le monsieur assis à côté de moi était vraiment surpris. Je voyageais seule, sans ami, une femme, et non mariée… Mais pourquoi faisais-je ça ? Je me suis finalement endormie, et lorsque je suis arrivée à Sonauli, un rickshaw vélo m’a pris pour me faire traverser la frontière. Des files de bus et camions étaient en attente de traverser. Mon vélo m’a emmenée à l’autorité indienne pour valider ma sortie de l’état (ils ont regardé autour de moi pour savoir qui m’accompagnait, interrogateurs… J’étais effectivement seule), m’a fait traverser la frontière, puis m’a emmenée ensuite au poste népalais pour faire mon visa d’entrée… Il m’a ensuite emmenée dans une agence pour que je prenne un bus.

Les népalais étaient vraiment très accueillant, et après l’Inde, je me demandais si il y avait quelque chose de louche derrière tout ça. Dans l’agence ils m’ont vendu un ticket de bus et une nuit d’hotel avec free pick up à mon arrivée à Pokhara… Je suis passée de mains en mains, facilement… J’avais quelques doutes, mais je me suis laissée porter.

Le bus était une vraie expérience, au départ vide, il se remplissait à tous les coins de rue, jouant une musique traditionnelle. J’étais un peu coincée mais mon esprit à commencer à se défaire de ses angoisses au fil des heures et des kilomètres… Les paysages de l’arrière pays étaient splendides et relaxants. Rien à voir avec l’Inde… Et puis les gens étaient beaux, souriants et bienveillants… Les heures ont avancées et je suis arrivée la nuit à Pokhara. Contre tout espoir, le mec de l’hôtel m’attendait… Il m’a conduit à l’hôtel, et pour vraiment pas cher, j’avais une chambre vraiment confortable. Le mec de la réception était adorable… Il m’a souhaité la bienvenue au Népal et m’a dit que le pays m’offrirait bien plus que ce que je pouvais attendre… Je n’imaginais encore pas à quel point il avait raison.

Nous étions le 30juin au soir, il était 9 heures… J’étais là, à Pokhara, au Népal… J’avais réussi. La retraite de méditation commençait le lendemain… J’avais annulé mais je n’avais maintenant qu’une idée en tête, m’y rendre le lendemain matin. Un appel du fond de mon être… c’était mon challenge, ma mission.

(Suite au prochain épisode…)

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3 Commentaires

Classé dans Approche personnelle

3 réponses à “De l’Inde au Népal

  1. Arnaud

    Toujours aussi agréable de te lire et d’avoir de tes nouvelles…

  2. Caro

    Quel suspense:)) vite lire la suite

  3. Merci a vous deux… ca fait plaisir d’avoir des lecteurs… La suite est en gestation ! 😉

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